Non, cela ne peut pas m'arriver.
Pas à moi, pas maintenant !
Surtout pas maintenant !
Je tente de rester rationnelle, et de raisonner avec calme, mais les vannes ont été ouvertes et ce qui en sort annihile toute forme de raison, quel qu'elle soit.
Qu'est-ce qui en sort ?
Ha, tout ce que j'ai pris soin de refouler durant chaque seconde, chaque minute, chaque heure depuis dix mois. Tout ce que j'ai enfermé a double tour dans un coin de ma petite tête –de linotte- et que je me suis appliquée a laisser de coté.
Oui, à oublier.
Pour l'instant me voila au calme, un peu a l'écart de la fête, en train de respirer l'air salé.
Oui, d'après mon cher et tendre, j'ai fait des excès et c'est pour cela que j'ai la tête qui tourne.
Je n'ai pas cherché à protester, j'ai acquiescé.
Apparemment agacée de ses diagnostics –à coté de la plaque- de futur médecin, Merry s'est contentée de m'empoigner par le bras et m'entrainer sur la plage.
Ce qu'il y a de bien avec elle, c'est que son sens de l'observation et la connaissance qu'elle a de moi ôte le besoin d'explication.
En ce moment, elle attend en silence mon explosion imminente, qui ne tarde pas :
« T'as vu qui j'ai vu ?
- J'ai vu qui tu as vu.
- Exactement la réponse que je redoutais.
- Celle a laquelle tu devais t'attendre puce, toute la promotion est là, pourquoi pas lui. La question que tu devrais te poser, c'est plutôt pourquoi cette réaction.
- Je sais, je sais... Même moi, je suis surprise.
- Et toi, tu vas te fiancer.
- Oh putain... Tu veux un couteau ? histoire de l'enfoncer dans la plaie, si t'en a pas assez... »
Elle se met à rire, et je sais que ce n'est pas de ma réplique idiote, mais plus de la situation étrange.
« Tu sais quoi ?
- Ouhla, toi je te vois venir. Qu'est-ce que tu vas faire ?
- Je veux le voir, je vais le chercher, dis-je en me levant.
- Quoi ? s'alarme-t-elle. Non puce, attends pose toi et réfléchis, je ne pense vraiment pas que ce soit une idée très judicieuse.
- Je m'en fiche. Nos regards se sont croisés, il sait que je suis la, si ça se trouve, il me cherche aussi. Je le sens, c'est ce qu'il faut que je fasse.
- Ah oui, ben moi je le sens pas du tout, mais alors la, pas du tout! Puis, si ca se trouve il est déjà parti.
- T'as raison, faut que je me dépêche... ».
Je n'attends pas sa réponse, et pendant qu'elle se tape le front l'air navré, je remonte en direction de la fête.
Contournant le bar ou sont calé les autres, je me mets à le chercher des yeux, me faufilant parmi les gens.
Je fais le tour de la piste, remonte un peu plus loin, redescend sur la plage, rien.
« Punaise, elle avait raison il s'est barré... ».
Ca y est. Les larmes commencent à monter et je m'énerve seule.
Je réagis comme une enfant, et cela m'agace, du coup je serre les dents et retourne vers le bar.
Les autres y sont encore, et le pire, ou le meilleur je ne sais plus c'est qu'il n'y a pas que les autres.
Le bar. Celui que j'avais contourné. Que j'ai évité.
Le bar où je n'ai pas cherché.
Ils -parce que « ils » il y a- discutent avec Merry, Yoan et Cécile.
Le dernier n'y est pas, il est sans doute parti voir où je me trouve encore. Et là, je me sens à la fois stupide et vraiment coupable.
Respirant un grand coup, je les rejoins et d'instinct, prend la main de Merry ou de Cec' peu importe, une main.
« Bonsoir..., je lance avec un sourire plus forcé tu meurs.
- Bonsoir belle inconnue, tu ne me fais pas la bise ? ».
Il me tend sa joue lisse sur laquelle je dépose un léger baiser puis recule aussitôt.
Il est cruel, il a fait exprès : il sent un parfum... Ce parfum, LE parfum.
Ca y est, la paranoïa refait surface.
« Ma copine : Alexia. Alexia, Roxane, une vieille amie, il lance avec un sourire un chouya ironique. ».
Elle est belle. Aussi blanche que je suis bronzée –la plage cela sert a ça, ouf-, aussi blonde que je suis brune, les yeux aussi clairs que les miens sont sombres.
Plus petite de taille que moi, plus fine que moi, et objectivement, plus belle que moi.
J'établie ce portrait comparatif en moins de trois secondes, et la conclusion en est désespérante.
Je lui sers un signe de tête et un sourire glacé, à peine poli. Je ne peux pas faire mieux.
Une vieille amie hein?... Je serre la main de... ah de Cec' qui grimace légèrement, et il y a un blanc.
Vite balayé par mon ... copain, qui arrive et m'embrasse dans le cou...
« Bébé, je t'ai cherché partout et... ah salut, de nouveaux arrivants?
-Euh oui, je réponds comme si de rien n'était. Hussein... et Alexia, je vous présente mon... fiancé. ».
Et je vois Son sourire s'effacer presque imperceptiblement pendant qu'ils se serrent la main...